À propos de cet épisode
Patrice Plante incarne à la fois l’effervescence de son métier de maître mixologue et la profondeur d’un tempérament introverti. Au-delà des compétences, il raconte ce qui l’a construit: l’humilité, l’apprentissage par l’inconfort, et la priorité réelle donnée à la famille.
Attends-toi à une discussion terrain, sans façade: comment on bâtit une carrière, comment on protège le “core” familial, et comment on devient intentionnel dans un monde qui pousse le court terme.
Ce que vous allez apprendre
- Sacrifice vs investissement : reprogrammer la façon dont on parle d’effort et de retour sur investissement personnel.
- “Tout a un prix” : récompense immédiate vs coût différé (santé, carrière, relations, finance).
- Le “Why” écrit : une lettre/vision comme boussole décisionnelle (famille d’abord, business au service du cadre de vie).
- De l’introversion à la présence : affronter l’inconfort, “step up”, apprendre vite, gagner en confiance.
- Paternité & systèmes : routines, limites, “famille nucléaire” vs communauté, demander de l’aide.
- Éducation & écrans : lecture, hygiène d’attention, cadre numérique, cohérence parentale.
- Gestion du stress : méditation, pleine conscience, et discipline “réaliste” (incremental progress).
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Ressources mentionnées
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- Monsieur Cocktail (site officiel) :[lien]
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Transcription de l'épisode
Animateur : C’est un défi, mais c’est le fun de voir jusqu’où on peut aller.
Invité : Toutes les belles affaires demandent un sacrifice… ou plutôt un investissement. « Sacrifice » sonne négatif; « investissement » remet ça dans une logique de retour.
Animateur : Dans une société qui pousse le plaisir à court terme, ça fait du bien d’entendre ça.
Invité : Plus tu travailles pour quelque chose, plus le bonheur après est grand. Mon concept de base, que je veux transmettre à mes enfants : tout a un prix. La question, c’est quand tu payes ce prix.
Si tu prends la récompense immédiate, tu payes plus tard. Si tu t’entraînes et tu fais l’effort maintenant, tu récoltes plus tard. C’est vrai pour la santé, mais aussi en affaires.
Animateur : C’est comme le crédit : récompense maintenant, intérêts plus tard.
Invité : Exact. Et quand tu achètes “cash” après avoir travaillé, la satisfaction est différente. Ça ancre la discipline.
Éducation, communauté, et “Why”
Animateur : Vous parlez souvent d’éducation. Où est-ce que vous vous positionnez?
Invité : C’est délicat, mais important. Un entrepreneur devrait écrire une lettre au départ : son Why. Même si c’est plus tard, ce n’est jamais trop tard. Quand ça va mal, tu relis la lettre.
Mon Why n’avait aucun rapport avec l’argent : c’était avoir du temps pour ma famille. Ça guide mes décisions. Je veux élever mes employés, déléguer, préparer la relève. À 45 ans, je veux pouvoir choisir quand je travaille, et combien.
Animateur : Beaucoup d’entrepreneurs plus âgés regrettent de ne pas avoir été là pour leurs enfants.
Invité : Oui. Ils ont travaillé “pour la famille”, puis réalisent qu’ils ont manqué la fenêtre. Toute la société est construite pour qu’on passe moins de temps en famille. Avant, la communauté était naturelle : un village, de l’entraide, plusieurs générations proches. Aujourd’hui, on est “connectés”, mais déconnectés.
Parcours : de l’introversion à une trajectoire assumée
Animateur : Ton parcours est atypique. Tu sembles très à l’aise socialement aujourd’hui.
Invité : Pourtant, enfant, j’étais très renfermé. Beaucoup de livres, peu d’amis. À 22 ans, je suis entré au gouvernement. Ironiquement, c’est là que j’ai gagné de la confiance : de l’attention, de la reconnaissance, des responsabilités. Je suis monté de programmeur à chef d’équipe.
Puis il y a eu un choc : la mère de mon meilleur ami est décédée rapidement d’un cancer à 47 ans. Ça a été un déclic brutal : la vie peut s’arrêter demain. On s’est dit : “Qu’est-ce qu’on attend?” On a démarré un projet ensemble (plateforme, événements, écriture). Et là, je me suis retrouvé dans un bar pour la première fois à 28 ans, obligé de “step up”.
Animateur : Et ensuite?
Invité : J’ai été approché par un média, je suis devenu chroniqueur/critique culinaire. Grosse école : humilité, rigueur, affronter la gêne. Puis je suis tombé sur Kitchen Confidential d’Anthony Bourdain. J’ai décidé de devenir chef, j’ai commencé l’école hôtelière.
Ensuite, on a créé des événements culinaires (concept surprise, table commune, déconnexion totale). C’était formateur. Puis j’ai réalisé : j’aimais trop le contact humain pour rester “en cuisine” toute ma vie. Je suis parti vers la mixologie.
Apprendre vite : curiosité, humilité, exécution
Animateur : Qu’est-ce qui accélère l’apprentissage?
Invité : Curiosité + passion + humilité. Le syndrome de l’imposteur, tout le monde le vit. Mais si tu es vraiment à ta place, tu apprends vite. J’ai appris en posant des questions, en observant, en faisant le travail “de base”, en itérant.
À un moment, je voulais me former sérieusement : il n’y avait pas de parcours clair. J’ai construit mon “curriculum” moi-même. J’ai pris la liste de bars référence dans le monde, j’ai monté un plan, j’ai investi (temps + argent) et je suis allé apprendre sur le terrain. Une vraie stratégie d’auto-éducation.
Paternité : ancre mentale et priorisation
Animateur : Les enfants arrivent quand?
Invité : Ma première fille est née en 2020, juste avant la pandémie. Ça m’a offert un cadeau inattendu : du temps de présence. Et ça a confirmé mon Why : les matins et les soirs avec mes enfants sont sacrés.
Je ne manque pas les déjeuners, ni les soupers. Entre 16h et 20h, je suis indisponible. Les enfants ne sont pas une contrainte à l’entrepreneuriat : c’est une ancre. Quand tu rentres à la maison et qu’ils courent vers toi, tout se remet à zéro. Ça te ramène dans le moment présent.
Les défis : famille nucléaire, psychologie des enfants, écrans
Animateur : Le plus gros défi, selon toi?
Invité : La famille nucléaire. Peu d’aide, grands-parents loin, tout le monde occupé. On s’est mis dans le trouble collectivement. Les enfants ont besoin de communauté, d’autres adultes, d’autres repères.
Deuxième défi : on n’apprend pas la psychologie des enfants. Le cerveau n’est pas “rationnel” comme un adulte. Tu ne raisonnes pas une tempête émotionnelle. Ton rôle, c’est d’être l’ancre : “Tu veux traverser ça seul, ou sur mon bateau?” Souvent, le plus efficace, c’est un câlin et de la présence.
Animateur : Et les écrans?
Invité : Sujet critique. Les écrans fragmentent l’attention. Chez nous : beaucoup de livres, et une politique stricte. J’essaie aussi d’améliorer mon hygiène personnelle : moins d’écrans, moins de nouvelles, moins de stimulation inutile. La lecture, c’est une compétence-clé : ça développe la pensée, la profondeur, l’imaginaire, et la capacité d’intérioriser.
Discipline : stratégie, systèmes, et itération trimestrielle
Animateur : Comment tu tiens la discipline dans un quotidien réel?
Invité : Il faut arrêter de fantasmer le “plan parfait”. Tu fais un diagnostic honnête : ton horaire, tes contraintes, tes priorités. Ensuite tu construis un système réaliste.
J’aime une approche simple : tu écris tes 24 heures, tu vois où ton temps fuit, et tu réalloues. Paradoxalement, si tu veux “ne rien faire”, il faut le planifier. Et surtout : incrémentation. Un objectif par trimestre. Pas 42 résolutions. Trimestre 1 : une habitude. Trimestre 2 : une autre. Ça bâtit du momentum.
Couple : éviter la spécialisation et préserver la relation
Animateur : Comment vous gardez l’équilibre en couple?
Invité : Les rôles se figent vite : un fait les bains, l’autre la vaisselle, et sans s’en rendre compte, on se “perd”. Notre solution : rotation des rôles. Une journée sur deux, on échange. Ça recrée l’entraide, ça baisse la friction, et ça nourrit la connexion. Et oui : vous êtes un couple avant d’être des parents. Il faut se le rappeler.
Éducation : remettre en question le modèle
Animateur : Vous considérez l’école à la maison? Pourquoi?
Invité : Parce que le format est trop uniforme : autant d’enfants, autant de façons d’apprendre. Le système forme souvent des profils standardisés pour le marché du travail. Moi, je veux que mes enfants apprennent à lire, à se connaître, à développer des compétences humaines, à explorer dehors, à être curieux.
Mais l’école offre aussi la socialisation. Donc notre réflexion : école au début (bases + social), puis possiblement une transition plus flexible. L’idée, ce n’est pas d’être “anti”, c’est de challenger le modèle et d’optimiser pour nos enfants.
Conclusion : parler vrai, rêver grand, construire la roadmap
Invité : Les gars ne parlent pas assez. Il faut se donner les moyens d’être vulnérables, de demander de l’aide, de se reconnecter à une communauté.
Et surtout : aucun rêve n’est trop petit. Si tu veux quelque chose, tu fais une roadmap : outils, plan, entourage, exécution. La vie est passionnante quand tu la construis intentionnellement.
Animateur : Merci.
Invité : Merci à vous. C’est exactement ce type de conversation qui peut déclencher un vrai shift chez quelqu’un.


